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La communion onirique 
D'apres les observations de Dimitri Kazvini, un ethnologue
d'Uranus qui leur consacra une grande partie de sa vie, les Paltlevs de
première génération ont tous disparu aujourd'hui,
victimes d'une courte espérance de vie. Celle-ci s'allonge
pourtant à chaque nouvelle génération, et on peut
admettre que la cinquième génération, qui naît
en notre époque, va vivre en moyenne 80 années.
Le fait marquant de la seconde génération
et des suivantes se situe dans l'existence de facultés parapsychiques.
En effet, à l'instar de certains animaux marins qui peuvent transmettre
des charges éléctriques, les Paltlevs peuvent émettre
des pulsations éléctromagnétiques calibrées
sur les longueurs d'ondes cérébrales. Cette faculté
- que d'aucuns attribuent comme issue des défenses naturelles du
cerveau contre les radiations solaires - permet aux Paltlevs d'échanger
leurs émotions et des informations rudimentaires par ces signaux,
mais également d'aggresser electromagnetiquement le
cerveau d'un ennemi. Le Pr. Kazvini a émis l'hypothèse d'un
accroissement de ces capacités à chaque nouvelle génération.
La culture et la religion des Paltlevs sont fortement
impregnées par ces facultés parapsychiques. Il apparaît
notamment que lors des activités oniriques, le cerveau utilise
également l'émission de signaux éléctromagnétiques,
ce qui occasionne tout un système d'échange d'informations
inconscientes lors des phases de sommeil. Les Paltlevs dorment tous en
même temps, et considèrent la période de sommeil comme
les humains croyants le feraient d'une messe quotidienne.
Chaque nuit influence l'ensemble de la communauté
Paltlev. Si certains individus connaissent des problèmes d'ordre
personnel, ceux-ci sont transmis aux autres et amplifiés durant
la communion onirique, durant laquelle ils sont résolus.
Certaines communautés isolées apparaissent
ne pas pouvoir résorber tous les problèmes de par le trop
faible nombre des communiants, et se rendent périodiquement en
pélerinage à la Capitale, où ils prennent part à
la communion onirique, jusqu'à qu'ils se sentent mieux.
Incidemment, les Paltlevs ne parlent pas de leur émotions,
car c'est un thème qui n'appartient pour eux pas au
language parlé, tout comme les humains standards ne peuvent pas
transmettre leurs expériences oniriques en détail par la
parole. Un Paltlev ne pourra pas répondre à une question
aussi directe que "comment ça va ?".
Les consciences collectives 
Les dernières générations ressentent
des présences supplémentaires lors de leur communion, comme
si des fantômes se joignaient aux individus présents. L'interprétation
de ce phénomène est la cause d'un schisme grandissant au
sein de la nation Paltlev.
Les habitants des communautés de la péripherie
croient qu'ils s'agit d'êtres à part entière (selon
les communautés, il s'agit d'anges, de dieux, d'entités
extraterrestres, ou de l'âme des Paltlevs décédés)
; les tenants de ces croyances se désignent comme "Mystiques".
Les "Citadins", habitants de la Capitale
et donc plus au contact de l'esprit scientifique, pensent qu'il s'agit
de consciences collectives, nées du travail inconsciemment
coordonné de plusieurs cerveaux, à l'image de serveurs opérant
en parallèle. Ceci expliquerait pourquoi ce phénomène
apparaît surtout chez des groupes isolés, donc où
le groupe de cerveau est le même et communie chaque nuit, et pourquoi
les consciences collectives reflètent la composition des communiants
: ainsi un groupe exclusivement masculin n'a encore jamais vécu
la présence d'une conscience collective féminine.
Ce phénomène, de par les conditions
dans lequel il est sensé émérger, concerne surtout
les communautés repliées sur elles-mêmes de la péripherie,
qui s'identifient très profondément à leur "ange",
et qui approchent le problème de manière dogmatique voire
sectaire, surtout à l'encontre des "Citadins" qui ont
une expérience moindre de ce phénomène et l'examinent
avec détachement.
Cette question semble être le facteur essentiel
de l'évolution du peuple Paltlev. Tout événement
politique comme diplomatique concernant les Paltlevs devrait être
lu à la lumière de ces considérations.
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