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L'intérieur
d'Europe est un immense océan, nommé l'Océan Primordial,
que les remous gravitationnels de Jupiter réchauffent en permanence.
Ce vaste espace est un berceau idéal pour la vie, et, partant,
un terrain privilégié pour la colonisation.
Les Niva
La colonisation de
l'Océan Primordial a commencé dès l'implantation
japonaise il y a un siècle. Depuis, cinq générations
se sont succédées sous la surface de glace d'Europe, dans
un environnement surpressurisé et saturé d'hélium.
Par l'influence du
Darwin Booster, les habitants des profondeurs ont, de génération
en génération, muté vers une nouvelle espèce
humaine, les Niva. Les
Japonais de la Mer, comme ils se désignent, ont une physionomie
de sumo et sont d'une grande force physique. L'hélium athmosphérique
donne aux Niva une voix très aigüe ; certains Nivas sont capables
de percer le tympan d'un étranger par un chant spécial.
Les jeunes filles
vivent de l'enfance jusqu'à la maternité engoncées
dans une combinaison-corset, pour des raisons essentiellement culturelles
et esthétiques. Après la maternité et généralement
le mariage, elles quittent cette tenue, avec grand soulagement, et se
développent comme les hommes.
Les Niva se répartissent
en deux groupes de populations aux modes de vie distincts.
Niva urbains
Les Niva urbains
vivent dans de grandes colonies subaquatiques. Ces colonies sont composées
de blocs sphériques, reliés entre eux par des passages articulés
et téléscopiques. En effet, bien que les fluctuations du
champ gravitationnel de Jupiter soient amorties par l'immense masse d'eau,
elles créent néanmoins d'importants remous qui disloqueraient
toute structure rigide. Lors des remous gravitationnels, les blocs d'habitation
sont donc ballottés indépendamment les uns des autres.
Les colonies nécessitent
un puit vertical creusé dans la croûte de glace d'Europe
pour effectuer leurs échanges avec la surface. Ces puits d'une
centaine de mètres de large comportent plusieurs compartiments
étanches dotés d'un système d'écluse, afin
d'effectuer une transition progressive de l'Océan vers la surface.
Le plus important de ces puits est le Canal, qui relie Niigata, la capitale
des Niva, à Néo-Tokyo, la capitale du Japon Solaire.
Les colonies Niva
sont assez faiblement industrialisées, du fait des conditions difficiles
de production dans l'Océan et de l'exigüité de l'espace
habitable. Leur importance économique provient des immenses parcs
d'aquaculture, une source inépuisable de protéïnes
pour l'Empire et plus généralement pour le système
jovien.
Ces parcs sont dotés
d'usines à plancton, qui fournissent la nourriture pour une immense
variété d'animaux marins. Parmi ces crustacés, poissons,
mollusques, mammifères marins et reptiles, les savoureuses espèces
originales de la Terre -pour la plupart ressucitées génétiquement
longtemps après l'Apocalypse- sont les plus appreciées.
Mais l'essentiel de la production aquacole concerne des espèces
génétiquement modifiées, beaucoup plus rentables
à élever, comme par exemple le très repandu thon
Tori-7.
Niva chasseurs
Les Niva chasseurs
sont des nomades, plus aventuriers et plus coriaces que les citadins,
et vivant dans une plus grande liberté. Ce sont en quelque sorte
les loups de mer et les cow-boys du système solaire. Ils vivent
et se déplacent dans des groupes de dix à vingt sous-marins,
chaque bâtiment pouvant
héberger environ 400 personnes. Ces engins ont une propulsion atomique
et peuvent atteindre 1000 mètres de profondeur.
Les Niva chasseurs
pêchent les animaux marins qui vivent en liberté, hors des
parcs aquacoles. La plupart de ces espèces ont été
introduites volontairement dans l'Oceéan, afin d'en développer
l'écosystème, mais quelques-unes se sont echappées
accidentellement des parcs aquacoles, notamment quelques espèces
nuisibles comme des requins et des pieuvres.
Toutes les espèces
vivant en liberté ont muté, certaines ont considérablement
augmenté de taille, en partie pour s'adapter à l'immensité
de l'Océan Primordial. Les baleines bleues ont une longueur moyenne
de 240 mètres à l'age adulte, certaines espèces de
requins atteignent 80 mètres de long. Ces mastodontes sont extrêmement
dangereux pour les flottes de sous-marins des Niva chasseurs, dont les
plus longs font 180 mètres de long.
Chasser ces mastodontes
fait partie des missions que remplissent les Niva chasseurs dans l'Océan
pour maintenir l'équilibre de l'écosystème. En effet,
les Niva chasseurs vivent de la pèche, et doivent protéger
leurs bancs de poissons de ces incroyables prédateurs. Parmi les
autres missions que remplissent les Niva chasseurs, on compte la gestion
de la luminosité et l'entretien des poches d'air.
L'Océan Primordial
est en effet situé sous les dix kilomètres de glace qui
constituent la croûte d'Europe. Sans l'intervention de l'homme,
cet océan entierement plongé dans l'obscurité ne
pourrait pas faire vivre le plancton, base de l'écosystème
marin. Pour que le plancton nourriçier puisse exister, les Niva
fixent, au moyen de dispositifs robotisés attachés à
leurs sous-marins, de vastes étendues de lampes sous la croûte
glacee.
Ces étendues
de lampes sont alimentées en énérgie par des générateurs
marémoteurs, qui grâce aux remous causés par les fluctuations
gravitationelles fonctionnent pour ainsi dire en permanence. Ces sources
de lumière sont donc auto-entretenues, et ne nécessitent
que quelques passages de contrôle et un minimum d'entretien par
les Niva chasseurs.
Niva
baleiniers
La plupart des Niva
chasseurs prélèvent leur pèche sur des bancs de poissons
sauvages, mais quelques-uns d'entre eux, les Niva baleiniers, sont
specialisés dans la pèche à la baleine.
Cette pèche
a lieu autour de points particuliers, les poches à air. En effet,
les baleines sont des mammifères, et ne peuvent respirer que de
l'air sous forme de gaz. Les remous gravitationnels de l'Océan
Primordial ont formé par endroit des poches sous la croûte
glacée, larges d'une dizaine de kilomètres et hautes d'une
centaine de mètres. Les Niva baleiniers ont rempli ces poches d'air,
aménageant ainsi un espace vital pour les mammifères marins.
En plus de lampes, ces endroits sont equipés de dispositifs d'entretien
de l'air, également auto-suffisants en énérgie.
Les Niva baleiniers
veillent à la stabilité de cet espace vital, en assurant
une présence optimale de plancton et de kryll et en chassant les
prédateurs pouvant menacer leur troupeau. Ils développent
ainsi une véritable symbiose avec les baleines, et continuent de
créer des poches d'air pour en accroître le nombre.
Il va sans dire que
la chasse à la baleine, bien que limitée à un territoire
prrécis, est à chaque fois un exercice périlleux.
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